Regard croisé sur l’Afrique Le contexte géopolitique de la seconde phase de libération de l'Afrique

13 Mars 2023 — catégorie : Tribune

Les causes systémiques des nouvelles agressions impérialistes contre les peuples

Dès sa naissance, le capitalisme en tant que mode de production a été marqué par ce que d’aucun appelle aujourd’hui « mondialisation ou globalisation ». En effet la classe sociale porteuse de ce système économique et social, la bourgeoisie ou le patronat des groupes monopolistes, a été boosté dans sa conquête de la puissance économique et politique par la découverte des matières premières minérales comme le charbon, le fer, l’or et les matières premières agricoles comme la laine, le coton, le café dont l’exploitation exigeait une main d’œuvre ayant comme seule possession la force de travail manuelle et/ou intellectuelle : la classe ouvrière, le prolétariat.

C’est ainsi qu’est né, parallèlement à la contradiction capital – prolétariat, le système colonial et esclavagiste par la conquête militaire brutale du continent américain, le génocide des amérindiens qui est le premier grand crime contre l’humanité de l’ère moderne, l’émigration massive des populations européennes persécutées et/ou appauvries pour peupler le continent américain complétée par la traite et l’esclavage des Noirs d‘Afrique. Du 15éme au 18éme siècle le sous-continent européen sera à la fois la puissance technologique, industrielle, financière, militaire, stratégique et géopolitique. C’est en Europe qu’arrivaient les matières premières pillées en Amérique puis en Afrique et en Asie pour être transformées en produits industriels et en marchandises.

Au 19éme et 20éme siècle, la seconde phase de la « mondialisation » capitaliste s’opéra par la conquête des empires coloniaux. L’Europe, notamment sa partie ouest, bientôt suivie des USA étaient toujours « l’atelier du monde » transformant les matières premières agricoles et minières en produits industriels de consommation.

Toutes les guerres coloniales du capitalisme naissant, puis du capitalisme en développement et enfin du capitalisme arrivé à maturité, l'impérialisme, qui s’est partagé le monde par la conquête de vastes empires coloniaux sans omettre les guerres inter-impérialistes comme la guerre de 1914-1918 pour un nouveau partage ont ceci de caractéristique : elles ont été faites pour voler les matières premières pour les transformer en marchandises industrielles et surexploiter la main d’œuvre esclave ou asservie par le travail forcé.

Or ce qui caractérise l’évolution actuelle, c’est que les luttes de libération nationale, fin du 18éme et courant du 19éme siècle sur le continent américain dans le sillage des indépendances des USA et de Haïti, puis celles du 20éme siècle impulsées et soutenues par la Révolution Bolchevique, l’URSS et le camp socialiste victorieux du Nazisme ont produit les dits pays « émergents » comme la Chine, l’Inde, le Brésil, le Vietnam et les nouvelles expériences révolutionnaires, progressistes, antilibérales comme le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur, le Nicaragua, le Brésil, etc., qui s’appuient sur l’héroïque résistance économique, culturelle, politique et idéologique de Cuba.

Ces pays deviennent les nouveaux « pays ateliers » qui produisent tout ce que la planète consomme, en particulier tout ce que consomment l’UE et les USA, lesquels se « désindustrialisent » progressivement pour se transformer en parasites vivant de la spéculation, de l’usure et de la rente.

Cette évolution objective de la division internationale du travail au cours de cette troisième phase de la « mondialisation ou globalisation », c'est-à-dire de l’internationalisation du capital et de la recherche du profit maximum, confère un caractère particulier au nouveau cycle des guerres d’agressions coloniales de l’impérialisme US/OTAN et UE contre les peuples.

En effet le nouveau cycle des guerres impérialistes est engendré par la nécessité pour l’impérialisme de contrôler les sources de matières premières stratégiques indispensables au développement des pays "émergents". Il s’agit de générer des profits colossaux en contrôlant et rendant les pays "émergents" dépendants d’eux pour leur accès aux matières premières dont ils ont besoin pour continuer à se développer.

Par leur mainmise sur les richesses stratégiques des pays producteurs, les USA et l’UE s’érigent en usuriers rentiers fixant les conditions d’accès aux matières premières aux pays "émergents". Les Firmes Transnationales US et de l'UE peuvent ainsi spéculer sur les prix, fixer les taxes, poser leurs conditions, organiser le sabotage des économies ou les affaiblir, mener la guerre commerciale et donc continuer à exploiter et dominer l’économie mondiale.

Voilà d'où provient le fait que les économies des USA et de l'UE dépendent toujours plus fortement du complexe militaro-industriel et de la finance spéculative. L'impérialisme Français a un taux de croissance quasi nul, mais une économie exportatrice de plus en plus dépendante des ventes d'armes, notamment des avions de guerre achetés surtout par les pétromonarchies saoudo-qataries.

Voilà pourquoi l’impérialisme provoque les actuelles guerres de « faible ou moyenne intensité » contre les pays faibles ou encore sous-développés pour les asservir. C’est le cas des deux guerres contre l’Irak, de la guerre contre l’ex-Yougoslavie, contre l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire, la Libye, le Mali, la Centrafrique.

Voilà pourquoi les USA/OTAN et l'UE se servent des Emirats des pétro-dollars pour financer et armer les groupes djihado-terroristes comme Daesh, l'EIL, Al Qaïda, Front Al-Nostra, Shebab, Boko Haram, Mujao, MNLA, Ansardine, etc.

Il s’agit d’en finir avec des pouvoirs laïcs qui refusent de se soumettre au diktat des impérialistes, lesquels donc, malgré la nature bourgeoise ou féodale de leur régime, rejettent la domination impérialiste et même parfois cherchent à développer leur pays pour en faire des pays "émergents" parce qu’indépendants.

L’Irak de Saddam Hussein, la Libye de Khadafi sont justement ce type de pays où l’argent du pétrole, par le biais des nationalisations de la production, du raffinage et même de l’industrie pétrochimique, a doté ces pays d’un indice du développement humain (idh) qu’on ne trouve nulle part dans les néo-colonies africaines soumises et serviles à l’impérialisme. Mieux ces pays ont investi dans des réalisations économiques, éducatives, sanitaires et sociales qui commençaient à les mettre sur les rails de la vraie "émergence" et leur permettaient de projeter la mise en place de banques pour l'autofinancement de projets panafricains.

C’est justement cela qui est détruit par les agresseurs impérialistes qui, à coups de bombes et de missiles, s’évertuent à ramener ces pays à « l’âge de pierre » pour ensuite insérer ces pays ainsi détruits dans le système inique de la dépendance néo-coloniale de la dette, des plans d'ajustement structurel libéraux et, ainsi sous le prétexte de la "reconstruction", distribuer le profit maximum à leurs entreprises privées.

En plus, comme on le voit en Irak et en Libye, à cette destruction massive des infrastructures, des réalisations économiques, culturelles, éducatives, sanitaires et sociales, à ce pillage des œuvres historiques et à cette prédation gloutonne, il faut ajouter les assassinats ciblés des ingénieurs, des savants, des chercheurs, des professeurs des pays agressés par les impérialistes afin de les rendre dépendants pour une ou plusieurs générations. C’est aussi en cela que l’impérialisme, c’est la barbarie.

Frayer la voie à l'alternative patriotique voire révolutionnaire au néocolonialisme

Les contradictions au sein des bourgeoisies compradores néocoloniales ne peuvent nous cacher qu'elles n'ont d'autre horizon que de s'enrichir par la collaboration avec telle ou telle puissance. Assommés par la propagande anti-chinoise occidentale, certains Africains se plaignent de la "coopération chino-africaine" et bientôt de la "coopération russo-africaine". On épingle souvent la "concurrence" que feraient les commerçants Chinois à la "vendeuse de cacahuètes" tout en se taisant sur la "concurrence" des grandes surfaces, Auchan ou Carrefour, à la "vendeuse de beignets". En fait, il faut dire que les travers visibles de la "coopération" Sud Sud résultent pour l’essentiel de la corruption des gouvernants néocoloniaux africains. La "concurrence" est une loi absolue du capitalisme qui finit par produire le "monopole", voilà pourquoi il faut l'Etat pour contrôler, maîtriser et réglementer à partir de leviers économiques stratégiques l'économie nationale et africaine pour sortir du sous-développement.

C'est à ce niveau d'exigence que se situe l'actuelle rébellion de la jeunesse patriotique africaine. Se réapproprier les richesses nationales bradées, renégocier les contrats léonins, sortir la France du CFA, bâtir une monnaie souveraine nationale ou africaine, nationaliser les secteurs économiques stratégiques, refuser de signer les APE, expulser les bases militaires étrangères, promouvoir le soutien de l'Etat aux "opérateurs économiques privés" nationaux, protéger les productions des paysans, des pêcheurs, des éleveurs contre la concurrence étrangère, prioriser l’enseignement technique et scientifique dans nos écoles, la santé et l'industrialisation sont redevenus des éléments programmatiques portés par des associations de la "société civile", des syndicats et surtout des nouveaux partis politiques issus de la révolte patriotique de la jeunesse africaine.

Cette jeunesse, pour le moment essentiellement intellectuelle, s'émancipe peu à peu de la fable libérale de la "réussite individuelle condition de la réussite collective" inculquée par des décennies de pensée unique libérale et d'aliénation néocoloniale. La jeunesse patriotique se détourne des chimères libérales d'autant plus que la tragédie des mers, des océans et du désert devenus des cimetières pour migrants touche de plus en plus de familles sans oublier le traitement colonial de l'immigration dans les pays impérialistes.

En fait, cette jeunesse patriotique reprend le programme de la gauche historique que les leaders historiques ont renié en s'engluant dans le marais nauséabond de la corruption et de la politique du ventre.

La bourgeoisie néocoloniale tiraillée entre soumission à l'impérialisme et soutien au multilatéralisme va trahir en raison de sa servilité volontaire congénitale. L'unité de la jeunesse patriotique rebelle et des gauches historiques qui ont rompu avec l'opportunisme va devenir progressivement la force montante à même d'assumer le rôle historique de force dirigeante de cette seconde phase de la lutte de libération nationale et africaine.

C'est l'équation posée et à résoudre pour que vive et triomphe l’œuvre commencée par les leaders indépendantistes de la première phase de décolonisation que sont :Mohamadou Coulibaly, Alfred Zuma, P. E. Lumumba, Nkwame Nkhruma, Sékou Touré, Saïfoulaye Diallo, Modibo Keita, Um Nyobe, F.R. Moumié, O. Afana, E. Ouandié, A. Neto, Franz Fanon, A. Ramdame, G.A. Nasser, E. Mondlane, S. Machel, C. Hani, N. Mandela, R. Mugabe, S. Biko, A. Cabral, T. Sankara, Samuel Mack Kit, Elenga Mbuyinga, etc. Il s'agit de re-brandir le drapeau là où les crimes et massacres coloniaux l'avaient jeté à terre comme étendard actualisé de la seconde phase de la libération nationale et panafricaine parce que sans mémoire on ne sait pas où aller.

Mars 2020