COMBAT CITOYEN ET POLITIQUE AU CAMEROUN : NECESSITE D’UNE ORGANISATION « FORCE » CITOYENNE ET POLITIQUE CONTRE LE POUVOIR NEOCOLONIAL.

COMBAT CITOYEN ET POLITIQUE AU CAMEROUN : NECESSITE D’UNE ORGANISATION « FORCE » CITOYENNE ET POLITIQUE CONTRE LE POUVOIR NEOCOLONIAL.
Bref historique des luttes Camerounaises
Une certaine génération à un moment donnée de l’histoire de notre nation, constituée d’enfants, des jeunes, des adultes voire des vieillards, hommes et femmes, diplômés et intellectuels, indigents et riches, de toutes les ethnies avaient dans les conditions les plus inimaginables pris l’engagement de mener la lutte pour la libération de notre nation contre la colonisation de 1948 à 1971. Oui ! Elle a mené le combat de sa génération. Une autre de 1972 à 1996 a mené son combat pour la mise en place d’un système multipartite et l’adoption des lois sur les libertés citoyennes. Oui ! Elle a mené le combat de sa génération.
Il y a des signes qui ne trompent pas. Des actes ou des signes avant-coureurs qui montrent que quelque chose est en préparation même si cette chose n’a pas encore pris corps. Pour ceux ayant milité ou qui militent dans une association ou un parti politique ou qui s’intéressent ou pas à la chose politique, il est temps pour que le pouvoir néocolonial prenne fin.
De la présidence naturelle au prince héritier, notre pays est en passe, cette fois encore et bien plus grave, de piétiner les fondements de la démocratie tels qu’énoncés par Abraham Lincoln, et les résultats des obtenus de hautes luttes par les générations sus mentionnées. Allons-nous laisser faire ?
Faisant le constat selon lequel la haine, l’hostilité et les crimes qu’ont été victimes les générations précédentes que ce soit du colon ou des gouverneurs noirs, et qui ont longtemps été un frein pour la lutte politique de notre temps, semblent ne plus inquiéter nos contemporains. La difficulté que nous éprouvions tous à différents niveaux à mener notre combat c'est-à-dire à investir notre présence à des environnements qui soient caractérisés par la peur n’est plus véritablement partagée.
Cependant, la tonalité affective des femmes et des hommes de notre époque est la désunion. Cette désunion est nourrie les replis communautaires, les invectives (stéréotypes), la recherche des boucs émissaires (traitres), l’absence d’une coordination ou mise en œuvre simultanée des activités de masse,… la conséquence directe se trouve dès lors être le désaccord sur ce qui devrait être fait et la dispersion de nos force et compétence.
Le pouvoir néocolonial s’étant conçu comme illimité, les schèmes mentaux de la colonisation sont encore vifs dans les pensées de nos gouvernants. Ce qui les pousse à se considérer comme l’alpha et l’oméga de notre existence. A cet effet, le pouvoir néocolonial est devenu une instance qui crée et qui par conséquent peut détruire. Il se permet donc de produire des différences ou des oppositions et d’assigner leurs actions à sa dépendance. Ce qui expliquerait l’exclusion de la scène politique de certaines forces traitées de radicales comme l’UPC-MANIDEM, CPP, LIMARA, Stand Up For Cameroon, ADDEC,…, pour avoir refusé de s’accommoder à cette imposture.
Depuis 2016, nous assistons à une reconfiguration des figures politiques dans notre pays Cette politique qui fait que Mr Libii et son parti ne soient qu’en pays Bassa ; Njoya et l’UDC pour les Bamouns ; Fru Ndi et le SDF pour les anglophones ; Kamto et le MRC en pays Bamiléké ; Bello Bouba pour le grand nord;…
Dans la même scène, une "nouvelle" opposition bien que qualifiée de radicale et même persécutée, manifeste étrangement le désir d’être comme le pouvoir qu’il prétend combattre. Car comme celui-là, elle rêverait d'une pensée unique. Ses partisans ne supportent aucune critique, ni désaccord, n’hésitent pas à traiter ceux qui ne les adoubent et ne scandent très haut leurs prouesses, d’infiltrés du gouvernement.
Le pouvoir néocolonial camerounais manifeste ainsi un désir de maitrise totale de l’histoire politique de notre pays qui se présente manifestement – par sa pratique - comme un désir de pérennisation du système politique hérité de la colonisation dont nous devons nous débarrasser. C’est donc à cette dimension idéologique de la néocolonisation que nous devons par notre mobilisation, nous attaquer. Il y a là donc la nécessité d’une organisation citoyenne et politique des femmes et des hommes de notre temps.
En tenant compte des indicateurs sus évoqués, l’avenir de notre pays est en ce moment en jeu. Notre pays est à reconstruire et nous devons contribuer de notre manière à cet avènement. Le temps de notre génération est donc arrivé et nous avons l’obligation de contribuer à notre manière à l’accomplissement de sa mission. Ainsi, l’intéressement de jeunes à la chose politique et leur croyance à l’existence d’une alternative crédible est une opportunité historique pour le combat de notre génération et nous devons leur donner le moyen de trouver une voie pour sortir de l’impasse dans laquelle l’on se trouve. Pour cela, combat de notre génération pourrait donc être celui de la reconnaissance de l’échec du pouvoir néocolonial et qui doit nous engager un large processus de concaténation des réclamations dans plusieurs lieux simultanément, et qui porte entre autres sur les points suivants :
1- L’union de toutes les forces politiques exclues (dites radicales) et de toutes celles en dispersion ;
2- La proposition d’une révision constitutionnelle traitant entre autres de la forme de l’Etat, de la réduction et de la limitation du mandat présidentiel
3- La proposition d’un nouveau code électoral ;
4- L’organisation des élections libres et transparentes devant déboucher à une véritable alternance démocratique ;
5- Le choix des personnes crédibles et impartiales à Elecam et au conseil constitutionnel ; …
Pour y parvenir, nous devons sortir de tous statuts victimaires, rompre avec la bonne conscience et le déni de responsabilité. Nous devons être habités par le besoin d’une justice universelle et adresser la question d’une véritable indépendance. Ce sont là des combats avec lesquelles nous devons apprendre à vivre en les gardant à l’esprit comme horizon vers lequel nous devons nous diriger, en nous appuyant sur le passé et en interrogeant notre présent pour nous permettre de créer une organisation différente du pouvoir néocolonial.
Cette rencontre – organisation – quel que soit son nom, est un appel au travail collectif dans l’humilité, une coopération sans lyrisme et une solidarité familiale.
Perception du contexte Camerounais du point de vue des pesanteursLa démocratie Camerounaise est une démocratie en danger et en voici les obstacles qui justifient cette thèse :
- La violence politique
Elle se traduit ou s’observe aujourd’hui par une sorte de polarisation de l’espace politique Camerounais. D’un côté nous avons un régime néocolonial orphelin de la mono pensée qui a du mal à se réveiller à l’ère du pluralisme dans l’espace politique ou à la polysémie des choses. Du coup il jette sa dernière énergie ou force dans la bataille anti-démocratique avec des méthodes proches de celle de l’autoritarisme. De l’autre côté on a une certaine opposition constituée des opposants frustrés, gonflés exigeant des comptes et réclamant des têtes. Les deux factions se regardent en chiens de faïences et opèrent par le discours de violence, d’intolérance, et d’invectives. Il convient peut-être de rappeler pour nous fixer les idées comment le discours de la violence opère. En fait c’est un discours qui laisse des marques profondes, il tourmente le tissu social, il enfouit la haine au fond des cœurs, il stocke en réserve dans la mémoire individuelle ou collective des victimes ou témoins l’énergie de potentielle qui l’alimente et la reconduit. Ce discours appelle à la réplique, la revanche aujourd’hui ou demain. Dès qu’on a fait cette précision, il convient de signaler qu’en plus du discours de violence politique, le régime néocolonial opère également par une autre violence au nom de l’ordre public. Dans ce cas, la police ou l’armée tire sur une foule qui manifeste, une organisation syndicale devient un réseau de subversion qu’il faut éliminer au nom de l’ordre public. Or faut-il le rappeler, un ordre socio-politique donné repose sur le consensus qui à son tour fonde la légitimité du maintien de l’ordre et autorise l’autorité légale à prendre des mesures qu’exige l’accomplissement d’une telle mission.
- La désignation de l’ennemi
Lorsque le pouvoir néocolonial est en difficulté, il s’empresse de désigner un ennemi intérieur pour le livrer à la vindicte populaire ou tout au moins à la bonne conscience des partisans de l’unanimisme. La doctrine de l’ennemi intérieur est ainsi théorisée. Il faut désormais criminaliser la différence, la condamner, la discréditer en la présentant comme danger pour la nation. Le régime agite le spectre de la menace d’un agresseur, dans le but de créer une dynamique centripète. C’est en cela qu’on écoute au Cameroun les allusions aux expressions telles que : « les anglophones dérangent », « telle ethnie veut le pouvoir, elle pense que c’est son tour », « tel parti politique est tribaliste », « telle personnalité physique ou morale est antipatriote ». Il s’arroge le droit de classer les camerounais en bon/mauvais, patriote/antipatriote, républicain/antirépublicain. Les professionnels de la pensée unique du régime sont à l’œuvre pour codifier la façon de penser des uns et des autres dans une unique direction qui est celle dans ce cas de la désignation de l’ennemi et en quoi il l’est.
- Le traumatisme des consciences
A notre sens, nous sommes partis sous une erreur. En effet, on a pensé que la proclamation de la démocratie représentative sonnait le glas de la dictature. Que non elle n’a pas entrainé le démantèlement de l’appareil répressif (sous-préfets, préfets, forces de l’ordre à la solde du régime) et l’arsenal juridique. Bien plus, elle n’a pas détruit les structures mentales de la dictature c'est-à-dire tous ces blocages psychologiques, ces forteresses de la peur qu’un tel régime à patiemment érigés en chacun de nous. La dictature nous a enserrés dans ses innombrables réseaux de contrôle. Car la dictature ou les années de dictature ont fabriqués des Camerounais dont les convictions démocratiques sont inconsistantes, l’engagement pour la cause démocratique ou la révolution est légère. Elle a fabriqué des attentistes calculateurs, des francs-tireurs espérant, des ponces pilâtes paresseux, des camerounais agissant au nom d’une morale de la neutralité. Elle a fabriqué des camerounais apeurés traumatisés par les années dites de braises, par la violence policière, par la force de coercition de la dictature. Des Camerounais sous sédatifs, incapables de défendre leurs droits mêmes les plus élémentaires et donc murs pour l’esclavage, l’assujettissement. Donc il s’agit de démanteler les structures mentales de la résignation, de la victimisation, de la peur, c’est de démonter tous les mécanismes subtils de la psychologie collective par lesquels le peuple camerounais a intériorisé progressivement les valeurs mêmes qui l’oppriment.
- Le tribalisme
Il convient ici de bien poser le problème du tribalisme : c’est celui de la non articulation du rapport entre les formations sociales pré-nationales dominées par le fait ethnique et l’Etat-Nation. L’unité nationale ou l’intégration nationale tant vanter est resté au niveau du discours. Du coup la prise de conscience du fait tribal grandit en raison donc de l’échec des politiques d’intégration nationales. En supposant bien évidemment qu’il y’avait une réelle volonté politique animée de bonne foi de la part du régime. On peut donc redouter dans ces conditions que la conscience ethnique se mue en idéologie grégaire et sectaire, c'est-à-dire en tribalisme. Le groupe ethnique se transforme en force politique manifeste si ce n’est une formation partisane et la politique nationale se réduit à une épuisante recherche des solutions aux équations ethniques. C’est en cela qu’on entend dire au Cameroun à tort pour certaines formations politiques et à raison pour d’autres que : le SDF est le parti des Anglo-bamis, l’UPC celui des Bassas, le PCRN celui des Bassas, le MRC celui des Bamilékés, l’UDC celui des Bamoums… Voilà comment fonctionne le Cameroun aujourd’hui une république villageoise ou les partis politiques pour la plupart sont cloisonnés dans les villages ou l’ethnie de leurs leaders. Du coup le tribalisme n’est plus seulement une idéologie de la classe dirigeante, mais elle est descendue dans les strates inférieures de la société et se durcit à la faveur des politiques d’exclusion ou des politiques de désignation de l’ennemi intérieur. C’est ainsi que face à un locuteur donné, la question qui revient de manière inéluctable ce n’est pas « que dit-il ? » mais « de quelle ethnie parle –t-il ? ». Lorsqu’un leader d’opinion vient à prendre la parole dans l’espace publique, on attribue cette prise de parole à celle de sa tribu comme s’il était le porte-parole de celle-ci. Ou alors lorsqu’il vient à défendre le point de vue d’une personnalité ressortissante de son groupe ethnique, on fait vite de dire qu’il défend ce dernier en raison de leur proximité sociologique.
- La surenchère des paradigmes
La surenchère politicienne des forces engagées dans la conquête ou la préservation du pouvoir vient de ce que sciemment ou inconsciemment, elles ont tendance à abolir la distance qui existe entre l’idéal et la réalité. Certains hommes politiques conçoivent la démocratie ou la révolution en termes d’immédiateté et non en termes de processus, ce qui devrait pourtant être le cas. Du coup ils vendent le vent aux Camerounais et dispersent par la même occasion les forces engagées dans le changement. Le tout de suite est illusoire, il y’a toujours un décalage entre le modèle qui meuble nos représentations abstraites et l’expérience concrète. Du coup il faut se garder de substituer une illusion à une autre.
- La démagogie
Le régime néocolonial actuel a fabriqué une société démagogique dans laquelle le langage est dévoyé, tous les coups sont permis pourvu qu’on se maintienne au pouvoir. Les hommes politiques versent dans la gadoue, ils écument les plateaux de télévision non pas pour des débats scientifiques ou idéologiques, mais pour du verbiage et verbalisme. Seuls comptent les tourbillons des mots, des petites phrases impressionnantes, des phrases vides de sens, des mots non exacts, des propos de seconde zone sans fondement. Par conséquent, le peuple dans ce désordre de langage ne sait plus à quel sein se vouer, ne sait pas de quel côté se trouve le mensonge ni la vérité, tout es confus. Le peuple ne sait pas où on l’amène et est donc détourné de la raison. C’est en cela ans que la démagogie est tyrannique vue qu’elle détourne le peuple du bon chemin.
- La tyrannie de la pauvreté ou du besoin
Il est difficile aujourd’hui pour les Camerounais de penser véritablement ou de prendre le chemin de la révolution dans un contexte soumis à la dictature de la pauvreté. C’est en cela que le régime néocoloniale a délibérément appauvri les camerounais. Pire encore ceux qui sont censés pensé pour les autres c'est-à-dire les intellectuels sont les premiers à subir les frasques de la dictature du besoin. Parlant d’eux précisément, ils sont emprisonnés dans une dualité à savoir : un devoir de production intellectuelle et leur condition existentielle. Le pouvoir néocolonial sait qu’il est difficile pour ces derniers de faire abstraction de leur condition existentielle pour penser. Il leur faut un ensemble de conditions minimales indispensables à une production sérieuse. Du coup pas de dissidence inutile ou couteuse pour eux alors qu’ils subissent les frasques de la pauvreté. C’est en cela que la cooptation ou l’achat des consciences prospère dans le contexte actuel.
BATOUM
NGOUFO
BAYEMI