Guerre en Ukraine : la vérité cachée

16 Janvier 2023 — catégorie : Tribune
Guerre en Ukraine : la vérité cachée
Guerre en Ukraine : la vérité cachée

Le 24 février 2022 marque officiellement le début de la guerre en Ukraine. En se réveillant ce jour-là, le monde à travers les médias et autres supports d’information découvre avec stupeur l’horreur des dégâts causés par l’invasion russe en Ukraine. S’ensuit, principalement en Occident, une véritable déferlante médiatique. C’est à qui fera la « une » la plus sensationnelle, le titre le plus accablant et les analyses les plus incriminantes pour la Russie.

Ce faisant, les Occidentaux affirment défendre la liberté et les droits de l’Homme, valeurs dont ils prétendent être les seuls détenteurs et promoteurs. Mais cette vision ethnocentrique est-elle conforme à la réalité ? N’est-elle pas qu’un écran de fumée derrière lequel se cache une certaine diabolisation du régime de PUTINE et de ses alliés ? Observant dans une perspective longue et globale, d’un côté la contestation de plus en plus évidente des Etats-Unis par la Chine comme locomotive de l’économie mondiale1  et de l’autre côté, l’incapacité des puissances occidentales à rallier à leur cause l’Afrique, l’Inde et d’autres puissances émergentes, on se rend compte qu’on est en train d’assister à un changement d’époque.  Le plus souvent, les enjeux de ce changement vont bien au-delà des revendications avancées par les belligérants des conflits de faible envergure. Dans ce contexte, pour comprendre ce qui  se déroule en ce moment en Ukraine, il faut remonter assez loin dans le temps.

En 1949 est créée l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (en abrégé OTAN). C’est un regroupement intergouvernemental politico-militaire qui a pour  objet de mettre en place un pacte d’assistance mutuelle visant à contrer l’expansion de l’Union Soviétique et sa volonté d’étendre son contrôle sur l’Europe orientale. Autrement dit, c’est une alliance euro-américaine   destinée à s’opposer fermement aux intérêts soviétiques.  Paradoxalement, l’Union Soviétique signe l’acte fondateur de l’OTAN, renonçant ainsi  à  recourir à la menace et à  la force contre les pays membres. Dans les années 60, c’est-à-dire un peu plus d’une décennie plus tard, voyant d’un   mauvais œil le rapprochement du gouvernement castriste avec l’Union soviétique, les Etats Unis décident d’envahir militairement CUBA. Leurs troupes débarquent dans la baie des cochons, un territoire faisant partie intégrante de l’île. Par cet acte illégal autant qu’illégitime contre un Etat souverain, les Américains enfreignent les statuts de l’OTAN, trahissent  les engagements qu’ils avaient pris au moment de sa création. Ils agiront  de même à l’occasion de la guerre qu’ils feront au  Vietnam. Avec leurs alliés Français et Britanniques, lors des guerres en Irak, en Syrie et en Libye, ils feront également fi de leurs engagements.

La guerre d’usure que se livrent les pays occidentaux d’une part et la Fédération de Russie d’autre part, débutée  au lendemain de la seconde guerre mondiale, a outrepassé les champs des batailles traditionnelles. Désormais elle se poursuit également dans les réseaux sociaux et les médias à grand renfort de propagande, de désinformation à nulle autre pareille. Dans le même temps  les deux camps se livrent  à une course effrénée à l’armement, faisant craindre une troisième guerre mondiale qui serait dévastatrice, surtout si l’on prend en compte l’utilisation potentielle des armes non-conventionnelles. Pourquoi, malgré les risques de chaos, de pertes en vies humaines, d’une dégradation de son image, d’isolement, la Russie s’est-elle aventurée à envahir son voisin ukrainien ? Tentons de répondre à cette question qui n’est pas simple.

 Au départ, l’Ukraine veut adhérer à l’OTAN pour réduire le risque d’une guerre nucléaire avec son grand voisin russe. Une telle adhésion suppose   l’installation sur son sol d’armes et  de matériels de guerre pouvant atteindre le territoire russe,  et le positionnement d’armes de défense et bien évidement de structures facilitant, en cas de besoin, une intervention des pays occidentaux en Russie. En réponse, le président Poutine décide d’une intervention militaire contre l’Ukraine. L’offensive russe poursuit deux objectifs. En premier lieu, elle veut préserver les populations russes et russophones de toute  attaque ; en second lieu, elle veut  empêcher que l’Ukraine ne serve de tête de pont pour une agression des occidentaux contre   ses intérêts.

 De prime abord, cette réaction russe peut paraitre disproportionnée. Sauf que l’Ukraine appartenait auparavant au bloc  soviétique. Lors du démantèlement de ce bloc, elle a  emporté avec elle la Crimée et le Donbass,  s’est   rapprochée des Etats-Unis et de l’OTAN. Ces choix politiques  entameront sérieusement ses relations avec son encombrant voisin. Lequel, sentant ses intérêts menacés,  va réagir brutalement en attaquant directement l’Ukraine, son « ancienne femme », pour éviter que ses « nouveaux courtisans » n’installent sous son oreiller des couteaux qui pourraient lui être nuisibles plus tard.

QUELLES SONT LES LECONS AFRICAINES A TIRER DE CE CONFLIT ?

Le conflit entre la Russie et l’Ukraine intervient alors que l’Afrique ne s’est pas encore remise des répercussions socioéconomiques de la pandémie de la COVID-19. A court terme, l’approvisionnement en céréales, en blé notamment, dont la consommation est importante, semble compromis. Une telle perspective inquiète d’autant plus que l’Afrique s’est rendue dépendante des deux pays en guerre.

Si les sanctions imposées à la Russie par les occidentaux affectent gravement  le quotidien des Africains, ceux-ci devraient profiter de cette opportunité pour développer des systèmes alimentaires résilients et plus inclusifs.

Mais au-delà des difficultés économiques et alimentaires, une menace bien plus importante plane sur le continent. Elle met en péril l’existence même des Etats  quand elle n’attente pas à leur SOUVERAINETE. Face à elle se pose la question suivante : vers qui doit se tourner un Etat africain lorsque, à l’exemple de la Libye, il se fait attaquer par un pays membre de l’OTAN? On a tous vu l’empressement avec lequel les occidentaux ont réagi face à l’invasion de l’Ukraine. Très rapidement ils ont prononcé des sanctions politiques, économiques et diplomatiques. Ensuite ils ont  étendu ces sanctions aux domaines du sport et de la culture entre autres.

Les Occidentaux ont  qualifié la Russie d’Etat voyou,  tenté contre elle de faire voter des  résolutions punitives à l’ONU. Ils ont fourni des armes parmi les plus sophistiquées (au risque de s’affaiblir eux-mêmes) à l’armée ukrainienne. Sur le plan humanitaire, ils ont aménagé de grands territoires pour accueillir les réfugiés fuyant la guerre.  Et pendant que l’Ukraine bénéficiait de tant d’attention, certains de ses habitants n’ont pas hésité à infliger des traitements inhumains aux étudiants africains résidant à KIEV, aux portes de l’EU.

L’Afrique a connu et connait des conflits, déclenchés le plus souvent par un ou plusieurs pays de l’OTAN. Ces conflits, pour certains très anciens et beaucoup plus meurtriers, n’ont généralement pas bénéficié d’une couverture médiatique importante. Ils n’ont pas  déclenché un torrent médiatique, diplomatique ou politique, comparable à celui auquel on assiste s’agissant de la guerre en Ukraine. En Afrique, les gens meurent en silence dans des guerres qui indiffèrent l’Occident. Ce « deux poids deux mesures » devrait interpeller les Etats Africains murés dans un silence complice.

 Autre domaine dans lequel  la guerre en Ukraine devrait conduire à des changements : la diplomatie  du « non alignement ». Elle n’est plus tenable. Les Etats africains devraient avoir une vision plus cynique d’un ordre mondial dont les règles semblent déterminées par les Occidentaux. Contrairement à ce que ces derniers pensent, l’Afrique ne forme pas un bloc politique homogène. Il est donc vain d’en espérer un alignement général. La prééminence occidentale dans les domaines du développement et de l’aide humanitaire ne suffit plus à influencer les décisions africaines, l’invocation d’un passé commun non plus. L’indifférence des pays africains à l’égard du conflit ukrainien s’explique probablement par le fait que quelques-uns ont déjà subi des agressions comparables, perpétrées par deux membres importants de l’Organisation du traité de l’atlantique nord. L’invasion de l’Irak en 2003, ou à la destitution suivie de l’assassinat du dirigeant libyen Mouammar KHADAFI ont accru la méfiance à l’égard de l’OTAN, perçue dorénavant comme une organisation partiale, au service principal sinon exclusif des intérêts occidentaux.

Les Africains se demandent ce que ferait l’OTAN si une puissance africaine envahissait un de ses voisins ? Le retentissant silence de l’Organisation, à la fin des années 1990, lors de l’escalade militaire entre le Cameroun et le Nigéria qui se disputaient la péninsule de BAKASSI, a constitué un précédent qui ne pousse pas à l’optimisme. Pas plus que sa position ambiguë au sujet de la guerre au TIGRE.

Les pays africains ne devraient pas se réjouir des malheurs de l’Occident, ni tomber dans un anti-impérialisme vengeur. La guerre en Ukraine devrait plutôt  inciter à évaluer la capacité de l’Afrique à s’entendre sur la manière de résoudre ses conflits. Sans une certaine cohérence de principe, une posture de non-alignement pourrait passer pour un opportunisme irréfléchi.

Le conflit qui se déroule en Ukraine dépasse les  frontières de l’Europe. Il pose le problème de l’établissement d’un nouvel ordre mondial, plus équilibré, multipolaire, ce qui suppose la désagrégation du monde unipolaire actuel, dominé par l’ultra libéralisme Etats-Unien. Mais un tel projet est-il possible ? Un autre ordre économique international avec une mondialisation à « plusieurs têtes » est-il réalisable ? La guerre en Ukraine  peut-elle être un indicateur ou une opportunité d’une transition des cycles de puissances ? De toute évidence, ce conflit va générer des bouleversements importants dans les rapports de forces socio-politico-économiques dans notre planète. Si pour les pays Africains, cette guerre semble lointaine sur le plan géographique, elle est pourtant  très proche du point de vue économique et stratégique par l’impact qu’elle a sur la vie quotidienne. Sous cet angle, elle peut  être  une opportunité pour l’Afrique de développer des systèmes économiques plus résilients, plus inclusifs et plus social, c’est-à-dire de se frayer  une voie qui lui soit propre dans le monde à venir. Dans la recherche de cette voie l’Afrique doit se poser les questions suivantes :

1° Comment concrètement améliorer sa capacité d’adaptation, sa résilience dans un environnement devenu instable ?

2° comment transformer  sa production et le système de distribution pour atteindre l’autonomie alimentaire ?   

3° Quel modèle économique et social faut-il choisir ?

 Les réponses à ces questions dépendront en grande partie de la volonté politique des pays africains à trouver des solutions régionales ou continentales, seules susceptibles d’opposer une véritable résistance aux chocs extérieurs.