Célébration de la fête de la jeunesse : quelle en est l’utilité ?

22 Février 2022 — catégorie : Tribune
Célébration de la fête de la jeunesse : quelle en est l’utilité ?
Célébration de la fête de la jeunesse : quelle en est l’utilité ?

BAYEMI, Militant politique sur le terrain.

voici un article de 2015 toujours d'actualité

Le mois passé, on assistait à une semaine dédiée à la jeunesse avec pour point d’orgue le 11 février, meublé une fois de plus, par le folklore habituel sous le thème : « Jeunesse et préservation de la paix pour un Cameroun émergent ». Nous souhaitons nous questionner sur le bilan dont on peut en tirer de cette semaine. C’est une question à laquelle il nous est difficile de répondre car sa réponse peut varier selon l’échelle de valeurs que l’on se donne, selon les paramètres qui fondent l’opinion. Si l’on considère que le Président Paul Biya a daigné respecter la coutume en prononçant un discours le 10 février dernier dont il faut douter de l’audience et que le lendemain, il y a eu de grandes parades dans tous les coins du Cameroun, on peut estimer dans ce cadre que la célébration de la 49è édition de la fête de la jeunesse a été un immense succès comme à l’accoutumée. D’ailleurs à Douala, les autorités conscientes du peu d’intérêt accordé par la jeunesse à l’adresse du Président à son encontre, ont même innové avec un écran géant pour passer en boucle le message de Paul Biya. C’est là le symbole d’un désintérêt pour tout qu’ont réussi ces hommes de pouvoir. C’est dans les gènes de l’homme de prendre conscience des erreurs du passé et d’essayer d’y pallier. A un certain temps peut être la jeunesse y croyait encore, mais maintenant il faut apparemment passer à autre chose. Sincèrement, est-ce que le discours d’un homme qui à 82 ans avec 32 ans à la magistrature suprême et 53 ans dans le cercle du pouvoir peut encore susciter le moindre intérêt sachant que du passé, on ne retient que les annonces pompeuses sans matérialisation ? Qu’a-t-on par exemple fait ces 10 dernières années après les Programmes d’Ajustement structurel (PAS) ?

Au Cameroun, on mesure la réussite d’une telle célébration à la réussite du défilé. On peut citer d’autres évènements : anniversaire de la naissance du RDPC, anniversaire de l’arrivée de Paul Biya à la magistrature suprême, journée internationale de la femme, fête du travail, fête de l’Unité, célébrations du cinquantenaire de l’indépendance et de la réunification. Il faudrait même voir comment ces défilés se passent. On voit les enfants suffoquer sous un soleil ardent, attentant leur tour. On peut en fait dire que le bourreau de l’esclave a changé simplement de couleur, mais la pratique y est encore. Et puis, lorsque le défilé se sera passé sans anicroche, on fera comprendre à ces jeunes que la célébration de la jeunesse était « une réussite totale ». Voilà malheureusement le message qui est transmis dans l’imaginaire de la jeunesse camerounaise : Fuir les vraies questions et les surplomber par du superfétatoire. En somme Célébration au Cameroun = défilé. Quelle insulte pour les jeunes depuis 49 ans!

Pourtant mon attention a été attirée par la question de l’un de mes proches en classe de Première. Celui –ci me demandait en fait quel était le thème de la fête de la jeunesse cette année ? Il me l'a pose après qu’un enseignant de sa classe, qui l’avait posée à toute sa salle de classe et n’a pas pu avoir une réponse. En creusant, j’ai pu constater avec peine que ce n’est pas l’apanage de son école. C’est vulgaire de voir les jeunes emportés par leurs écoles, les groupes, les clubs, des associations dans des activités purement ludiques pour marquer cette célébration. Mais difficilement, nous verrons des activités autour du thème même de la célébration qui est certes, généralement démagogique. Tout comme difficilement, nous verrons des conférences pour véhiculer des notions chères pour notre société. Mener une réflexion concrète sur la jeunesse dans les établissements n’est pas un objectif, tout le monde n’y voit que défilé lorsqu’on parle de cette journée. C’est le cas même dans les universités. Ce monde censé être de savoir, de contradiction, de réflexion, refuse carrément la réflexion pour se plonger uniquement dans le défilé et ses préparatifs. On pourrait se demander où va le Cameroun ?

Peut être dans cette rétrospective, nous allons très vite en besogne. Puisqu’il faut d’abord se questionner sur les valeurs de la République. Quelles sont-elles ? La corruption, la concussion, le despotisme, la mal gouvernance, le favoritisme, le tribalisme pour ne citer que celles-là. On constate que notre devise « Paix, Travail, Patrie » ne nous éclaire pas plus. Car il n’y a pas de paix dans les rapports sociaux avec une minorité qui s’est accaparée tous nos biens et notre pouvoir. Encore moins de paix avec l’insécurité à nos frontières surtout à l’Extrême Nord où notre pays est confronté à la guerre. Pas de travail, avec le taux de chômage qui est galopant, encore plus celui des jeunes. Pas de patrie dans une gouvernance où les dignitaires du pouvoir font les détournements colossaux tandis que la grande frange de la population est encore plus paupérisée et manque de tout.

J’aimerais donc demander aux jeunes, quelle est l’utilité d’une telle célébration ? Il faut comprendre que son utilité n’est pas de réfléchir sur la situation de la jeunesse dans notre pays. Il faut chercher son objectif autre part. On peut en avoir une idée lorsqu’on voit les partis politiques stipendier des jeunes pour une représentation fantoche dont le grand gagnant est indéniablement le parti au pouvoir. Le superficiel avec un fonds vide. Le Cameroun est vraiment le Cameroun. Et après le défilé, on se dirige vers les débits de boisson pour maintenir la jeunesse dans l’inconscience.

Le jouissif ! Voilà ce qu’on appelle « Fête de la jeunesse » au Cameroun ! Rien de sérieux nulle part, tout dans l’annonce. On a le Président dans ses annonces spectaculaires qui fait savoir cette année la création de 350 000 emplois. Et se félicite d’en avoir créé 283 443 nouveaux alors que les prévisions n’étaient que de 250 000. Bravo M. le « premier Jeune » !!! Mais dans ces annonces, on peut à chaque fois être surpris que rien ne soit dit sur le taux de chômage réel, sur les mesures prises pour intégrer les jeunes dans la marche de la nation, sur les mesures prises pour favoriser les initiatives de la jeunesse, sur le bilan du FNE, du PAJER- U, du PIAASI, sur le taux de scolarisation de la jeunesse, sur les objectifs du millénaire qui concernent à plusieurs égards les jeunes, sur la place de la jeunesse dans la pratique du pouvoir. Non, rien de tout çà, l’essentiel est dans les mises en gardes envers les jeunes. Mise en garde envers les jeunes tellement manipulés par les politiciens de « l’opposition » ; mise en garde contre les jeunes tellement manipulés par les réseaux sociaux et internet, mais pas assez manipulés par le parti au et/ou les proches du pouvoir. En effet, M. Paul Biya peut il nous dire la raison pour laquelle Célestin Yandal, président du Collectif des jeunes de Touboro passe son 16ème mois à la prison centrale de Garoua sans jugement aucun ? Voilà malheureusement la réalité, lorsque les jeunes sont tellement éveillés jusqu’à barrer la route aux bonimenteurs omniprésents du RDPC, ils sont menacés, molestés, mis en prison arbitrairement comme Yandal. Celui-ci est en prison par la volonté du Lamido de Rey-Bouba (second vice président du Sénat et membre du Conseil de la Commission National des Droits de l’Homme et des Libertés CNDHL !) qui s’est senti outragé par ces jeunes de Tcholliré qui se sont battus politiquement pour faire perdre le RDPC aux élections municipales du 30 septembre 2013. Ce cas est symptomatique de la peur, de l’arbitraire avec lequel les jeunes doivent vivre au Cameroun.

Alors pense-t-on sincèrement que cette journée est effectivement consacrée à réfléchir sur la situation de la jeunesse au Cameroun ? Je ne le pense pas moi, et je suis réconforté dans ma position parce que plusieurs jeunes même avec les emplois du Gomna c'est-à-dire sortis de l’Enam, Iric, Emia, école de police aussi ne le pensent pas. L’histoire nous enseigne que ce sont les jeunes qui ont posés les sujets de fonds pour notre pays : la réunification du Cameroun sous domination française et Cameroun sous domination anglaise, l’indépendance, la sortie de l’Union française et plus loin le problème de l’expropriation des terres. Ces derniers ne les ont pas seulement posés mais en plus ils se sont battus pour les résoudre. Njassep Mathieu et Nganya Flaubert, ces grands militants, sont là pour nous témoigner de cette ferveur et du courage de cette jeunesse là. Il est de notoriété publique que ce sont ces actions qui ont permis à ceux qui ont le pouvoir actuellement, dont la plus part affirmaient en ce temps ne pas être assez intelligents pour gérer le pouvoir, de s’en accaparer et de briser l’échelle qui mène vers ce pouvoir. C’est honteux, mais vrai. D’un autre côté, les parents qui ont subi la répression coloniale, celle du régime Ahidjo et vivent celle du régime Biya, ne veulent pas prendre leurs responsabilités. Ils deviennent même consciemment ou inconsciemment les affidés du pouvoir dans la répression générale. Nous (les jeunes) devons réaliser que nous sommes seuls et que c’est à nous et à personne d’autre de prendre notre responsabilité. Raison pour laquelle nous pouvons, entre autres, rendre hommage à tous ces soldats que nous savons jeunes et qui se battent pour l’intégrité du Cameroun. Nous savons qu’ils sont nombreux à tomber sur le champ de bataille, tout comme ils sont nombreux à être des victimes de l’insécurité présente sur le territoire camerounais. Nous ne pouvons qu’exprimer notre sollicitude à cette souffrance dans laquelle vivent nos compatriotes. C’est malheureusement la grande peine qu’ont subie les familles des victimes de la répression policière et militaire dans le cadre des villes mortes des années 90, des dérapages du Commandement Opération à Douala dans les années 2000, de la répression policière et militaire en 2008, ou du matraquage régulier des étudiants des universités publique.

Que prochainement les jeunes de tout bord puissent porter ensemble la défense de la vie qui est sacrée. Car il nous revient de faire le choix de ce que nous voulons de notre pays parce que nous représentons 70% de la population nationale. Cela nous revient et non aux septuagénaires qui ont pompé des promesses pendant plus d’un quart de siècle, et qui aujourd’hui veulent même nous faire passer pour ceux là par qui on passe pour déstabiliser le pays parce que, pensent-il, nous sommes vulnérables. Non, Non, et Non !!!